Ecovadis, paru le 12 octobre 2017

earth-11595_1920-e1507789984755-1024x424.jpg   La  déréglementation  économique  fête ses  40  ans.  Même  si le terme fondateur de la mondialisation ouvrit vers de     nouvelles richesses, il n’en fut pas moins cause d’énormes difficultés. Depuis 1977, les politiques cherchant à                 contrecarrer  les  effets  négatifs  de  la «derégulation» n’ont  cessé  d’alterner entre laissez-faire et protectionnisme.

   Certains pensaient   que   pour   limiter   le   dumping social  et  les  dégâts  sur  l’environnement,  il fallait ériger  des barrières aux  frontières. 

 

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La  déréglementation  économique  fête ses  40  ans.  Même  si le terme fondateur de la mondialisation ouvrit vers de nouvelles richesses, il n’en fut pas moins cause d’énormes difficultés. Depuis 1977, les politiques cherchant à contrecarrer  les  effets  négatifs  de  la «derégulation» n’ont  cessé  d’alterner entre laissez-faire et protectionnisme. Certains   pensaient   que   pour   limiter   le   dumping social  et  les  dégâts  sur  l’environnement,  il fallait ériger  des barrières aux  frontières. D’autres au contraire préconisaient d’accorder encore plus  de  liberté  au commerce  transnational  misant  sur  le  surplus  de prospérité pour traiter les dommages collatéraux. Malheureusement, le  protectionnisme  et l’ultra libéralisme sont tous deux aveugles. L’un  favorise  systématiquement les acteurs d’une nation, au risque de mettre en avant des entreprises qui proposent des produits plus chers ou moins performants sans que celles-ci ne soient forcément irréprochables (la  vertu  et  les  compétences  ne  sont  pas toujours  du  côté où on les attend).  L’autre  ne  voit  pas  les ravages causés  par  les  conditions  de  travail  parfois  moyenâgeuses ni  ceux infligés   au   milieu   naturel.   Il espère l’intervention  de  la «main invisible» du  marché  alors qu’on  sait –pour  ceux  qui  en  doutent encore –qu’elle n’existe pas comme l’ont rappelé amèrement la tragédie du Rana Plaza en 2013 ou l’explosion de Tianjin en 2015.

Entre ces deux types de cécité émerge une 3ième voie, étroite, mais la  seule qui vaille la peine d’être défendue  si  l’on  espère endiguer les dérives  sociales  et  environnementales  tout  en  renvoyant  dans  leur caverne les  conséquences désastreuses  du  nationalisme  économique ou du capitalisme sauvage.

 

Cette 3ième voie, c’est l’ambition d’offrir aux clients les meilleures marchandises tout en garantissant des modes de fabrication et de livraison inattaquables. Ce n’est ni une nationalité ou encore moins l’absence de règles qui l’autoriseront,  c’est   sur   les méthodes  de  management  novatrices  qu’il  faut  compter.”

 

La  3ièmevoie est possible en intégrant au sein même de chaque acte d’achat le coût social des biens   et des services. Tenir compte des externalités négatives tout au long de la chaîne pour  qu’au final le  consommateur devienne  un  citoyen-consommateur, pour  qu’il  n’achète plus  sans savoir mais en conscience. Cependant, la  3ième voie est confrontée à d’importants défis. Ce sont avant tout les données sur les tentaculaires réseaux d’approvisionnement qui  manquent. Heureusement grâce  aux  ONG qui sensibilisent, comme RH Sans Frontières et  son guide   pour comprendre  le  travail  forcé,  grâce  aux  ONG  qui  dénoncent  comme Amnesty   International révélant la   problématique   du travail des enfants dans le secteur de l’huile de palme, ou encore grâce  aux ONG qui  attaquent  comme l’association Sherpa poursuivant Samsung  sur des infractions  supposées en matière de droits de l’homme chez ses sous-traitants,  nous  en  savons maintenant plus  sur  les  ressorts  de l’esclavage moderne.
Les   nouvelles   technologies   apportent aussi des perspectives prometteuses:  smartphones interrogeant les  ouvriers  sur  leur  bien-être  au travail,  drones contrôlant les  engagements  en  termes de  non-déforestation, transactions  «blockchain»  envisagées  pour certifier l’origine des denrées, rating social à base d’intelligence artificielle. Le  législateur est  également  convoqué  dans  ce  combat,  dans  les pays  à  bas  coûts comme  au  Bangladesh en tentant d’instaurer des conditions  de sécurité acceptables mais aussi dans les pays industrialisés à l’instar de l’union européenne obligeant désormais les entreprises à  travers la  directive  sur  le  reporting  extra-financier à rendre compte sur leurs actions pour assurer des sources d’approvisionnement sûres.

 

“La loi sur le devoir de vigilance des entreprises donneuses d’ordres dépasse  le simple reporting, et vise  à mettre  les  grandes  entreprises  françaises  sur la 3ième voie en  leur astreignant  des procédures de  contrôle.”

 

La  7ième édition  du  baromètre  HEC/EcoVadis  souligne  que  celles-ci  sont déjà  de  mise chez   la majorité des   grands départements Achat : sur les 120 multinationales interrogées, 88% possèdent déjà un code de conduite fournisseurs ou des clauses contractuelles liées à la responsabilité sociale et environnementale (RSE) et 62% déploient des programmes d’audits. Cette loi aidera les  entreprises  françaises à s’aligner sur  les  meilleures  pratiques. Ici devoir de vigilance  rime  avec performance managériale.

 

“En demandant  aux acheteurs de rééquilibrer  leur  sourcing vers  des partenaires plus  responsables,  le  législateur  renforcera l’attrait des PME tricolores car sur la RSE elles sont en avance !”

 

L’étude Médiateur  des  Entreprises-EcoVadis montre que 60% des PME françaises ont une RSE considérée comme adaptée au regard de leurs enjeux alors qu’elles ne sont que 53% dans le reste de l’OCDE et 29%  dans  les BRICS. Au  final,  réglementer  les processus  achat revient à  accroître simultanément la  compétitivité  des  grandes entreprises et des PME françaises.

 

Le  devoir de vigilance est de fait un protectionnisme intelligent, un  protectionnisme qui  trie  le  bon  grain  de  l’ivraie,  qui tire vers un mieux disant social les organisations quel que soit leur pays plutôt que de les conforter  dans  leurs pratiques discutables. La  montée inquiétante  du  néonationalisme  exacerbé  qui surgit outre atlantique et outre-manche est de nature à faire mentir Montesquieu qui écrivait que «l’effet naturel du commerce est de porter à la paix». Inversons la  tendance en entraînant l’idée du devoir de vigilance au  niveau européen pour construire une alternative progressiste forte.  Lançons la mondialisation sur la 3ième voie avant qu’il ne soit trop tard.

 

Auteur : Sylvain Guyoton, Vice-Président Recherche EcoVadis

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