La fin du travail des enfants au 19ème siècle en France (source wikipedia)

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Regard sur l'évolution du travail des enfants dans les pays occidentaux et ce jusqu'à la mise en œuvre de son interdiction :

  • Le travail des enfants a toujours existé et ce depuis l'Antiquité qu'il s'agisse de travail en agriculture ou dans les ateliers. L'enfance est alors une période courte et les enfants participent aux tâches domestiques et agricoles dans le cadre familial.
  • C'est à partir du Moyen Âge, que les enfants commencent à travailler hors du foyer pour répondre à la fois à la demande d'employeurs à la recherche de main-d'œuvre peu coûteuse et au besoin des familles pauvres de subvenir à leurs besoins : les garçons sont affectés aux travaux des champs et les filles travaillent comme servantes, l'éducation ne bénéficiant qu'aux enfants de milieux favorisés.
  • Cette situation se poursuit jusqu'à la fin du 18 ème siécle, les garçons sont placés comme valets de ferme à la campagne , ou chez des patrons, les filles sont domestiques. Leur salaire sert de supplément à celui des parents et permet entre autres de subvenir à leurs propres besoins.
  • La période de l'industrialisation, en France et en Angleterre notamment, correspond à une période de très forte activité exigeant beaucoup de main d'œuvre ; les industriels recrutent en masse dans les usines, les mines ou les chantiers; ceci se traduit en France par un très fort exode rural .
  • Les ouvriers ayant un faible revenu et de nombreux enfants, encouragent ceux-ci à entrer avec eux à l'usine où ils effectuent les tâches subalternes dans les mêmes mauvaises conditions que les adultes.
  • "Le travail des enfants, avec celui des femmes, a trois avantages pour les industriels. Il permet de faire pression à la baisse sur les salaires des ouvriers adultes masculins ; il permet de livrer la famille entière au travail ouvrier, ce qui accélère la rupture avec le monde rural traditionnel ; enfin il fournit une main-d'œuvre plus abondante, permettant d'utiliser les machines à plein rendement".
  • La souplesse et la petite taille des enfants sont utilisées pour des travaux précis que les adultes ne pourraient pas effectuer. 
  • Le travail est très précoce : les enfants de quatre ans sont assez recherchés afin d'être « formés » sur les machines dès qu'ils en ont l'aptitude physique. 
  • On les retrouve dans les mines poussant des wagonnets dans les galeries , dans les ateliers de tissage etc...

 

 

Témoignage d'une fillette de 11 ans : 1842


" Je travaille au fond de la mine depuis trois ans pour le compte de mon père. Il me faut descendre à la fosse à deux heures du matin et j'en remonte à une ou deux heures de l'après midi. Je me couche à six heures du soir pour être capable de recommencer le lendemain. A l'endroit de la fosse où je travaille, le gisement est en pente raide. Avec mon fardeau, j'ai quatre pentes ou échelles à remonter, avant d'arriver à la galerie principale de la mine. Mon travail c'est de remplir quatre à cinq wagonnets de deux cents kilos chacun. J'ai vingt voyages à faire pour remplir les cinq wagonnets. Quand je n'y arrive pas, je reçois une raclée. Je suis bien contente quand le travail est fini, parce que ça m'éreinte complètement. "

 

Le travail des enfants dans les mines 1844.


"Je suis descendu dans la mine à sept ans. Quand j'ai tiré avec la ceinture et la chaîne, ma peau s'est ouverte et j'ai saigné. Si on disait quelque chose, ils nous battaient. J'en ai vu beaucoup à tirer à six ans. Ils devaient le faire ou être battus. Ils ne peuvent pas se redresser quand ils remontent à la surface."

 

Témoignage d'une anglaise travaillant dans une mine 1845.


"Je ne sais ni lire, ni écrire. Je tire les wagonnets de charbon, 12 heures par jour. J'ai une ceinture autour de la taille, une chaîne qui me passe entre les jambes et j'avance avec les mains et les pieds. La fosse est très humide et l'eau noire passe parfois jusqu'aux cuisses."

 

 

Les faits qui ont contribué à s'interroger sur l'état des enfants :

  • Au début du XIXe siècle, des enfants de 5 ans travaillent couramment 15 à 16 heures par jour dans le textile, les mines ou les chantiers .
  • Les pouvoirs publics finissent par s'émouvoir, non pas tant des souffrances endurées que des statistiques fournies par les conseils de révision. Les jeunes ouvriers étaient si mal portants qu'on devait déclarer inaptes plus des deux tiers. On risquait de manquer de conscrits, c'est cela qui a alarmé les autorités.
  • Parallèlement les esprits éclairés s'expriment également ; ainsi écrit Victor Hugo :

 

GRAVURE VICTOR HUGOOù vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?

Ces doux êtres pensifs, que la fièvre maigrit ?

Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?

Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;

Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement

Dans la même prison le même mouvement.

Accroupis sous les dents d'une machine sombre

Monstre hideux qui mâche, on ne sait quoi dans l'ombre,

Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,

Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.

Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.....

Victor Hugo –Melancholia 1856

 

 

  • Le docteur Villermé a donc été chargé par l'Académie des Sciences d'un rapport sur l'état de santé des ouvriers des manufactures quelques années après la Révolte des Canuts en novembre 1831 à Lyon, la première insurrection sociale de l'ère industrielle.
  • Son travail, intitulé Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, paru en 1840 et connu sous le nom de rapport Villermé a eu un grand retentissement et a été à l'origine de la loi sur le travail des enfants dans les manufactures, la loi Cunin-Gridaine du 22 mars 1841 .

 

 

L'évolution des lois concernant le travail des enfants, au XIX siècle et la fin du travail des enfants :

 

En Europe :

  • Des lois limitant le travail des enfants et des adolescents sont mises progressivement partout en place mais elles sont souvent mal appliquées.

 

En France :

  • 1841 : loi applicable dans les manufactures, usines, et ateliers limite l'âge d'admission dans les entreprises à 8 ans, mais uniquement dans les entreprises de plus de 20 salariés ; interdit le travail de nuit pour les enfants de moins de 13 ans ; limite le temps de travail à 8 heures sur 24 pour les enfants âgés de 8 à 12 ans et le limite à 12 heures pour les enfants âgés de 12 à 16 ans .
  • 1851 : Durée du travail limitée à 10 heures au dessous de 14 ans et à 12 heures entre 14 et 16 ans. Interdiction du travail de nuit pour les moins de seize ans et tend à généralisation de ces dispositions à tous les établissements.
  • 1874 : Interdiction du travail des enfants de moins de 12 ans, du travail de nuit pour les filles mineures et pour les garçons de moins de 16 ans. Le repos du dimanche devient obligatoire pour les ouvriers âgés de moins de 16 ans.
  • 1892 : Durée du travail limitée à 10 heures pour les jeunes de moins de 18 ans.

 

Ces lois ne seront mises en place que très progressivement , d'une part du fait de la réaction des industriels qui fustigeaient l'état de se mêler de la vie des entreprises, d'autre part du manque à gagner que l'interdiction du travail des enfants entraînait pour les parents, mais aussi du manque de moyens des inspecteurs à faire appliquer ces lois, (le corps d'inspection du travail est créé à partir de 1892 )

 

Ci-dessous le témoignage de Ch. Delzant sur le contrôle du travail des enfants :

 

                                             "Des statistiques difficiles à établir"

Connaître avec précision le nombre exact des enfants employés dans les manufactures n'est pas toujours facile. Les chiffres dont on peut disposer sont souvent approximatifs, incomplets ou même parfois contradictoires. Certes, à partir de la Restauration, les statisticiens se sont efforcés de mesurer le poids des masses populaires dont l'accroissement mal contrôlé inquiétait et on a voulu, peu à peu, différencier les classes d'ouvriers, en mettant l'accent sur l'importance des enfants.


Mais plusieurs sortes d'obstacles s'opposaient à des dénombrements précis:
- On oubliait de les décompter: «14 ouvriers français non compris une dizaine d'enfants».
- Les industriels «sauront toujours éluder nos questions gui leur paraissent indiscrètes ».
- On faisait disparaître les enfants avant l'arrivée des inspecteurs.

 

(Dans les verreries, retentissait) un signal par lequel le concierge avertissait de l'arrivée de l'inspecteur du travail. C'était alors autour des fours un sauve-qui-peut général des gosses que l'on cachait dans les caves, les greniers, les magasins à fourrage, et sous les tonneaux défoncés. »

 

 

«L'exploitation des enfants dans les verrerie» dans La Vie Ouvrière 20 juillet 1910

 

 

 

Seule la scolarité obligatoire mettra fin au travail des jeunes enfants (Loi jules Ferry en 1882) ; un système de compensation du manque à gagner pour les parents dû à l'interdiction du travail des enfants et à leur scolarisation sera mis en place très progressivement , il s'agit du dispositif intitulé « allocations familiales ».

 

Pour en savoir plus :

Dossier thématique sur le travail des enfants : de l'Antiquité à nos jours en passant par la révolution industrielle

Le travail des enfants en Angleterre au 19ème siècle

Le travail des enfants au 19ème siècle

Entretien avec Julien DAMON sur la petite enfance

Tout savoir sur le Docteur Louis René Villermé, pionnier de la médecine du travail

"Les enfants au travail dans les usines du XIXème siècle"

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