Coopérative bananière : projet de l’économie sociale et solidaire engagé contre le travail des enfants et les conditions abusives de travail

Coobana : des bananes, des hommes et des communautés

« Nous devons nous occuper des bananiers, mais aussi des hommes », déclare sobrement Carmen, l’une des responsables de la coopérative bananière Coobana, dans le nord-est du Panama. Une revendication qui recouvre une réalité de tous les jours, aussi bien dans la gestion que dans les tâches exécutées par les ouvriers agricoles, ou la vie des communautés alentour, ont constaté les ONG française et américaine RHSF (Ressources humaines sans frontières, et IIECL (International initiative to end child labor).
La route descend en lacets de la cordillère de Chiriqui. En sortant d’un virage, apparaissent en contrebas la mer des Caraïbes, bleue, et un océan vert : les bananeraies de Changuinola, près du secteur où a accosté Christophe Colomb en 1503, lors de son quatrième voyage.
Dans cette plaine de la province de Bocas del Toro, impossible d’ignorer quelle est l’activité principale. Des camionnettes remplies à ras bords de régimes de bananes et des camions chargés de cartons emplis de milliers de ces fruits destinés à l’exportation sillonnent les routes étroites ourlées de bananiers.
S’étalent, kilomètre après kilomètre, les plantations de Chiquita Brands International, un des plus grands producteurs de bananes au monde. Il truste les marchés et sa puissance semble irrésistible.
Pourtant, une réussite économique et humaine, Coobana (Cooperativa de servicios multiples bananera del Atlantico) se développe au côté de ce géant. Avec une exploitation de près de 550 hectares de bananiers, cette coopérative a triomphé des pires difficultés pour s’imposer avec des produits de qualité vendus à l’international, une véritable politique de responsabilité sociale pour ses employés et une politique d’aide aux communautés locales.
A la fin des années 1980, l’Etat panaméen décide de vendre au privé ses plantations de bananiers, dont une près de Changuinola. Une vingtaine d’employés, de simples ouvriers agricoles, décident de l’acheter. Face à tous les coups fourrés utilisés par la concurrence, commence alors un véritable parcours du combattant pour obtenir des fonds et les droits d’exploitation.
Grâce à un prêt de la Boston Bank, la coopérative peut être lancée en 1991 sur trois parcelles de 72, 76 et 80 hectares. Aujourd’hui, forte de quelque 500 employés dont 220 sont des sociétaires, Coobana produit chaque année plusieurs tonnes de bananes et de 15 à 20 conteneurs partent chaque semaine vers l’Europe, à destination de pays tels que la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, le Danemark…

En 2013, elle a augmenté son chiffre d’affaire de 7%, pour atteindre 7,5 millions de dollars de recettes, selon le site Fresh Plaza.

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Des hommes…
« Nous gagnons tous le même salaire », souligne Julio Quintero, l’un des membres fondateurs de la coopérative. « Les droits sont les mêmes pour les temporaires, les permanents, les responsables », précise-t-il encore.
Chacune des parcelles ou « fincas », éloignées de plusieurs kilomètres les unes des autres, est organisée de la même façon : la bananeraie, un bâtiment administratif, des locaux pour les outils et les produits chimiques, et enfin le hangar de conditionnement.
L’équipe de RHSF examine la gouvernance et les services administratifs, transparents. « Le risque de travail des enfants est limité car chaque personne a un contrat, une feuille de paie et un compte bancaire. De plus, la saison de récolte est lissée sur l’année, ce qui évite des arrivées massives de saisonniers. Enfin, le salaire est calculé à la tâche, basé sur le minimum légal et les tarifs des heures supplémentaires", note Martine Combemale.
La démarche "fair trade" permet également de limiter les risques sur la santé et sécurité", souligne pour sa part Diane Mull.
Les syndicats, comme la délégation régionale du ministère du Travail, ont enfin déclaré avoir constaté qu'il n'y avait pas de travail des enfants
Dans chaque « finca » figure un représentant du syndicat de l’industrie bananière SITRAPI (Syndicat des travailleurs pour les producteurs de bananes indépendants). « La présence d’un tel syndicat permet de limiter les risques, d'autant plus qu'il est très vigilant sur le travail des enfants», reconnaît la directrice de RHSH.
Lors d’une réunion avec la direction de SITRAPI et ses représentants travaillant sur les propriétés de Coobana, RHSF et IIECL ont constaté que les seules récriminations des syndicalistes portaient sur des augmentations de salaire, des bourses pour les écoles ou une bonification pour Noël…

 

Des bananes…
Dans la bananeraie, les allées sont généralement bien tracées, sans obstacles pouvant faire chuter les ouvriers agricoles, les feuilles mortes sont utilisées comme engrais. Les régimes, avant la fin de leur croissance, sont entourés d’un sac imprégné d’insecticides, un travail réalisé avec une protection et pour lequel les personnels sont régulièrement formés, affirme Antonio, chargé de la sécurité.


« Nous avons également remplacé les avions chargés des épandages de pesticides à grande échelle par des hélicoptères afin d’éviter une diffusion trop importante de ces produits », fait-il remarquer à Diane Mull, directrice d’IIECL, alors qu’un ballet d’avions ronfle au contraire au-dessus des plantations des concurrents, non loin de là. Par ailleurs, un site dédié est en cours de construction pour faire du compost avec tous les déchets verts.
La manutention est également constamment améliorée. Les régimes, une fois cueillis, sont suspendus à des câbles et tirés par des mules, et non plus par des hommes. Dans les bâtiments de conditionnement les panneaux « produits chimiques » ou rappelant les mesures de sécurité sont bien visibles. Selon les zones, chacun porte un casque, une protection pour les cheveux, un masque, des gants… pour laver les fruits, les trier, les protéger avec un conservateur, les placer dans des cartons, puis sur une palette et dans les camions.
Et cela, toute l’année. Car le bananier est une plante étrange. D’abord, contrairement à son aspect, Musa paradisiaca de son nom scientifique n’est pas un arbre. La partie visible de cette plante herbacée est un ensemble de feuilles, qui peuvent atteindre 4 m de long et 1 m de large, se recouvrant partiellement. Au centre se trouve un faux tronc, formé par le pétiole des feuilles.
Lorsque le bananier a produit un régime, il meurt et doit être coupé. Mais un rejet pousse alors très rapidement sur un rhizome, et ce « fils » produira à son tour trois mois plus tard un régime pouvant comporter jusqu’à 200 fruits.

… et des communautés
Comme dans toutes les bananeraies de la région de Changuinola, quelque 85 % des ouvriers agricoles de Coobana sont des Ngöbe, des Amérindiens. Dans les objectifs affichés de la coopérative, figurent « l’amélioration des conditions de vie sociale, suivant les préceptes de l’économie durable de ses sociétaires et employés, et l’encouragement du changement dans son milieu », les communautés.
Amélioration des services dans les villages (remplacement des fours à bois par des installations au gaz…), écoles, eau potable, construction de logements, mise en place d’associations de femmes pour développer l’artisanat (Nöba Bälen pour des produits en chocolat…)… La coopérative multiplie ses actions pour l’amélioration de son environnement.
Pour toutes ses actions, la coopérative bénéficie du label Fairtrade International du commerce équitable, et celui de Rainforest Alliance, une ONG internationale oeuvrant pour conserver la biodiversité et assurer des moyens de subsistance aux populations locales.


« Nos produits sont plus chers que ceux de la concurrence, admet Julio Quintero, mais nos clients savent, et apprécient, que nous contribuons au bien-être des communautés ». « Certains points sont à améliorer, notamment dans le système de management » , estime Martine Combemale. « Mais il s’agit d’un exemple assez remarquable qui démontre que des mesures de responsabilité sociale et solidaire peuvent être mises en place, qu’elle peuvent éviter le travail abusif des enfants, sans porter préjudice à l’efficacité économique de l’entreprise ».

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