L’écriteau placardé dans le bâtiment principal de la plantation annonce clairement : « Pas de travail des enfants ».

« Si nous voyons un enfant, nous le renvoyons chez lui et les parents ont une amende », explique Ricardo, un des responsables, au volant d’un 4x4 qui conduit les équipes de RHSF et d’IIECL au travers de l’exploitation.
« Ils font des inspections et ils mettent une amende s’ils trouvent un enfant », confirme un cueilleur quelques jours plus tard.
Les pistes détrempées, cahoteuses, défoncées par les tracteurs, s’enfoncent entre les parcelles d’arbustes aux feuilles vernissées. Des bosquets d’arbres élancés, où jouent parfois des singes, apportent aux caféiers l’ombre qui leur est nécessaire. Des vautours tournent inlassablement dans un ciel bleu, qui peut se couvrir en moins d’une heure de nuages épais déversant des trombes d’eau tropicales.
Les cueilleurs, des hommes et des femmes aux gestes vifs, remplissent de baies rouges le panier attaché à leur taille.
Dans une vaste clairière apparaissent un pré et un long bâtiment en rez-de-chaussée, l’école. Des enfants jouent au ballon, pieds nus, « pour économiser leurs chaussures, très onéreuses pour eux», précise Ricardo. D’autres, plus jeunes, entourent leur maîtresse. Les locaux sont pimpants, aux murs clairs, aux meubles de couleur.
« Il s’agit d’une garderie et d’une école primaire », explique Maria. « Quant aux enfants plus âgés, jusqu’à 14 ans, ils vont à l’école secondaire située à un quart d’heure à pied de l’usine de traitement des grains de café ».
Une ONG dédiée à la lutte contre le travail des enfants par l’éducation, Casa Esperanza, travaille avec la directrice de l’école primaire pour faire face aux problématiques particulières des populations de migrants. Elle a donc un accès privilégié à l’exploitation pour y mener son combat.
Quant à la plantation, elle « participe à EducaFuturo, un programme mis en place par l’ONG Partners of the Americas, et elle se vante d’avoir mis en place un service de transport scolaire. Mais… destiné uniquement « aux enfants des travailleurs permanents ».
Une volonté affichée par la direction de refus du travail des enfants, des écoles, pas d’enfants visibles à première vue dans les champs, une ONG sur place… L’image est belle. Pourtant, une étude de terrain approfondie la fait voler en éclat.

182

Une réalité moins idyllique

Les associations spécialisées dans le travail des enfants sont généralement d’accord : dans les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, agriculture rime avec travail des enfants.
Selon le Bureau international du Travail (BIT), 60 % de tous les enfants âgés de 5 à 17 ans qui travaillent le font dans l’agriculture, ce qui représente 129 millions de filles et de garçons. La convention des droits de l’enfant définit l’enfant comme un jeune de moins de 18 ans. Il ne peut travailler qu’à l’âge de 12 ans pour des travaux légers et sous certaines conditions, 15 ans pour des travaux non dangereux, et 18 ans pour des travaux dangereux. Selon les conventions 182, et 138, les travaux dangereux doivent être définis par les Etats, mais ce n’est pas toujours le cas et chaque plantation a ses spécificités.

Des associations rencontrées à Panama City par les équipes de RHSF et IIECL au ministère de l’Education au début de leur enquête avaient été nettes : « Il y a du travail des enfants partout ». Et quand il y a des écoles secondaires, pour les 12 – 14 ans, « elles sont trop loin ».
Le ministère (MEDUCA) met en place des programmes, avec entre autres des bourses pour inciter les parents à envoyer leurs enfants à l’école, et réalise « de plus en plus d’inspections ». Mais il se heurte aux réalités des migrants internes comme les indiens Ngöbe et à leur culture, expliquent les associations : « Ils méconnaissent leurs droits, les mineurs veulent travailler pour se sentir des ‘petits hommes’, certains sont déjà mariés avec une famille, les jeunes doivent aider économiquement leurs parents… ».
A cela s’ajoute un flou au plus haut niveau de l’Etat sur l’âge auquel un jeune est autorisé de travailler. « Tout est très général », reconnaît un représentant du ministère du Travail. Et obtenir le numéro de la loi concernant le travail des enfants sera pour RHSF et IIECL un parcours du combattant, aussi bien au ministère qu’auprès des syndicats de l’industrie du café.
« Selon le code du travail, on ne peut pas travailler avant 14 ans. Mais dans le code de la famille, on parle de 12 ans », explique-t-on au ministère. Dans l’agriculture, pour les travaux « dangereux », « on n’est pas autorisé à travailler entre 14 et 17 ans », sauf autorisation spéciale, selon un décret.
Une ONG note que le Panama a signé le traité sur les « pires formes du travail des enfants » et a publié un décret allant en ce sens, c’est-à-dire que les travaux dangereux sont interdits avant 18 ans. « Mais la constitution du Panama fixe l’âge à 15 ans, et la constitution devrait prendre le pas sur le décret… »
Sur le terrain, dans la plantation visitée pendant plusieurs jours par les associations, la question revient sans cesse : entre 14 – sortie de l’école secondaire – et 18 ans, que font les jeunes des familles de migrants logés sur la plantation ? Aucune réponse satisfaisante n’est donnée. Les adolescents rencontrés parmi les cueilleurs déclarent tous des âges de 14 ans et plus. Mais tous ceux interrogés déclarent travailler dans la plantation depuis plusieurs années…
Ce n’est que le dernier jour qu’un membre de l’équipe tombera sur des enfants de moins de douze ans dont le physique ne peut tromper qui que ce soit.

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