Un appel, qui pourrait passer pour un cri d’oiseau, résonne de temps à autre dans le fond d’une parcelle. Les ouvriers agricoles, qui ne peuvent se voir dès qu’ils s’éloignent un peu les uns des autres, cachés par les feuillages des caféiers, ont adopté ce cri de ralliement.

Ainsi guidée, l’équipe de IIECL tombe sur une dizaine d’hommes en train de répandre au pied de chaque arbuste de l’engrais en poudre. Dans la fraîcheur du matin, ils sont à peine protégés de la rosée baignant les feuilles grâce à des sacs poubelles transformés en protection de fortune…

Deux jours auparavant, à 6 heures du matin, la direction de la plantation a présenté à RHSF et IIECL le départ au travail des différentes équipes désignées pour cueillir les baies, répandre des engrais ou des pesticides, couper les lianes étouffant les caféiers. L’équipe RHSF – IIECL observe, interroge, croise inlassablement les informations.
La visite du local des produits chimiques, des outils pour les dispenser, des vêtements de travail fournis, permet à Diane Mull (IIECL) de noter la nocivité des produits, de se renseigner sur le personnel chargé de les manier, de s’assurer que les protections fournies sont adéquates…
Martine Combemale (RHSF), de son côté, se renseigne auprès des ouvriers agricoles sur les heures de travail, leur rétribution (au panier, au sac, payé à chaque personne ou au chef d’un groupe, d’une famille, heures supplémentaires…). Elle croisera plus tard ces informations avec le service comptabilité.
Un autre membre de IIECL assiste au départ de l’équipe chargée ce matin-là de l’épandage des engrais. Ciré jaune couvrant les hommes de la tête aux pieds, bottes, gants… Toutes les normes de sécurité sont respectées.

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Des conditions de travail et de vie parfois indignes

Deux jours plus tard, l’image d’Epinal est écornée : les membres de l’équipe découverte au fond du val, des ouvriers temporaires, racontent en effet une autre histoire. Souffrant du froid dans leur tee-shirt mouillé par la rosée, mains nues, munis d’un gobelet, les hommes puisent dans des sacs l’engrais qui colle à leur peau humide. « Souvent, mes poignets grattent », se plaint Augusto.
Deux d’entre eux, pourtant, portent des cirés jaunes : « Ce sont les ‘permanents’ qui nous les ont offerts au lieu de les jeter », disent-ils en riant, montrant les grossières coutures cachant les déchirures. Les « temporaires » n’ont pas droit à ces protections.
Ailleurs, d’autres ouvriers agricoles sont surpris en train de préparer un insecticide avant de traiter une parcelle. Différents produits chimiques, dont un acide, sont versés dans un grand bidon, puis mélangés à l’aide d’une grande spatule. L’homme chargé de cette opération travaille lui aussi les mains nues, n’hésitant pas à les plonger dans le liquide lorsque la spatule y tombe.

En ce qui concerne le logement, il est fourni par l’entreprise. Lors de la visite accompagnée, la direction avait présenté un « campement » où vivaient une dizaine de familles. Un long bâtiment en parpaings, de plain-pied, peint d’une couleur ocre, au milieu d’une prairie verdoyante. Sur les façades en longueur les portes de chaque habitation : une pièce par famille. A l’intérieur, des bas flancs parfois recouverts de cartons pour isoler du froid servent de lits. Les murs et le sol sont gris : de la couleur du ciment qui les compose.
A un bout du bâtiment, des douches, à l’autre, des foyers sommaires servant pour la cuisine, faite au feu de bois ou sur un réchaud à gaz. Un peu plus loin, des toilettes consistant en un siège ressemblant à une margelle de puits.
Des installations spartiates, mais propres et assez communes pour ce type d’exploitation. L’eau courante dans les lieux publics, l’électricité…
Un autre « campement » découvert plus tard par l’équipe RHSF-IIECL montrera une toute autre réalité. Situées près de la rivière traversant l’exploitation, les bâtisses sont faites de parpaings et de tôle ondulée. Chaque pièce-habitation est au mieux dans la pénombre : les ouvertures sont minuscules, la nuit tombe vers 18H00 et il n’y a pas d’électricité. Par ailleurs, l’eau courante est souvent coupée et il faut aller puiser une eau non potable dans la rivière. Enfin, les enfants pataugent sur un sol est souvent boueux, le camp étant installé dans un fond de vallon. Et la pluie tombe dans la pièce unique au travers des tôles ondulées.

Exhumer la face cachée

« Cette mission, assurent Martine Combemale et Diane Mull, est assez comparable à ce que nous trouvons dans l’agriculture dans les pays en développement : d’un côté la face visible, de l’autre la face cachée où travail forcé et travail des enfants, conditions abusives de travail, sont très réels».
« Seule une étude approfondie peut permettre de déceler ces problèmes car les systèmes en place pour vérifier les manquements à la responsabilité sociale sont souvent inopérants », font-elles remarquer. Et les prises de position affichées par l’entreprise ne sont que des vœux pieux ne permettant pas de réduire les risques de travail des enfants.
Ainsi, dans ce cas précis, la plantation affiche dans ses « valeurs » la « défense du droit des enfants » et  le « respect de la dignité du travail » . Elle  a été reconnue pour ses actions dans ces domaines tant au niveau national qu'international. 

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