Chaque samedi en milieu d’après-midi, dans la chaleur humide, une file d’hommes s’étire devant le local de la paie. De l’autre côté d’une baie vitrée, une table est disposée. Y sont étalées les feuilles répertoriant les noms des salariés. Enfin… des salariés percevant la paie.

« Très peu de femmes, peu de jeunes adultes… Il est clair à l’œil nu que les personnes attendant leur paie ne correspondent pas à ce que nous avons vu travailler dans la plantation, ni en nombre, ni en genre – très peu de femmes -, ni en âge – très peu de jeunes adultes -», remarque Martine Combemale.
« La plantation déclare qu’elle a tant de travailleurs. Mais en fait, il s’agit seulement des chefs de famille, ou du responsable d’un groupe de migrants », explique-t-elle. 

Tous salariés, mais pas égaux

« Dans les plantations, différents statuts coexistent », constate Martine Combemale. « Généralement, les efforts se concentrent sur les permanents qui ont souvent des avantages, comme des bourses pour l’éducation des enfants». Leur cas, dans cette plantation, est mis en exergue dans leur  rapport annuel. Mais leur nombre ne dépasse pas les 50 employés, au-delà duquel des représentants du personnel sont obligatoires.
Une deuxième catégorie de personnel, les salariés temporaires, n’ont ni contrat, ni feuille de paie, contrairement aux exigences de la loi. Ils n’existent donc pas officiellement, et n’ont aucune protection sociale et juridique.
« Ils sont rémunérés à l’heure, et les heures supplémentaires sont rarement payées au juste prix… lorsqu’elles sont décomptées», souligne-t-elle.
La dernière catégorie, la plus nombreuse, soit près de 600 salariés dans la plantation étudiée, sont les saisonniers chargés de la cueillette. En dépit de la loi qui oblige à déclarer chaque salarié qui travaille dans une ferme, seul le chef de famille ou de groupe touche la paie : « Les enfants n’existent pas, les femmes non plus, le risque de travail abusif des enfants est alors au maximum malgré l’assurance par la direction d’absence de travail des enfants », remarque Martine Combemale.
Il touche 0,078 les 500 gr de café, quel que soit le nombre d’heures travaillées par l’ensemble de la famille ou du groupe.

384

Risques maximum

« D’autant que les salariés saisonniers et temporaires n’ont pas de fiche de paie, sont réglés en cash et doivent simplement signer qu’ils ont reçu l’argent, ce qui ne leur permet pas de vérifier l’exactitude de leur salaire et de se plaindre », souligne-t-elle.


« Enfin, en cas d’accident du travail, ces employés ne sont pas couverts puisqu’ils n’existent pas. Le responsable de la plantation les emmènera peut-être à l’hôpital, mais le paiement s’effectuera de la main à la main et rien ne sera enregistré », ajoute-t-elle.
« Il s’agit donc de travail abusif, illégal, vecteur de travail des enfants » note-t-elle.
Or, une telle situation n’est pas une fatalité : certaines plantations, notamment celles organisées sous forme de coopératives avec un syndicat indépendant fort, respectent la loi et le risque de travail des enfants est très limité.
Le temps de travail annoncé pour les cueilleurs porte également à confusion. Il est officiellement de huit heures, six jours par semaine. Mais une fois la cueillette de la journée terminée, il faut attendre la pesée au point de rassemblement. Un temps qui n’est pas comptabilisé. Sans compter les dimanches, où il est fait appel au travail des « temporaires ». Ils ne sont pas payés en heures supplémentaires et peuvent refuser. Mais beaucoup acceptent en espérant être ensuite embauchés comme « permanents ».
« Le seul respect de la loi, avec un système de management adapté notamment à la venue en masse de ces salariés saisonniers, permettrait de limiter les risques de travail abusif et de travail des enfants sans pour autant impacter la viabilité de la plantation comme constaté dans d’autres exploitations», insiste Diane Mull.

Nous contacter

Siège : 9 rue du Capitaine Escudié, 31000 Toulouse
Bureau : 2 bis place Belfort, 31000 Toulouse
05.31.98.19.54
contact@rhsansfrontieres.fr
Retour en haut